Journées Européennes de la Migration des Oiseaux

En automne, des milliers d'oiseaux survolent nos régions pour rejoindre des contrées plus chaudes et y passer l'hiver. Qui sont-ils et comment réalisent-ils cette prouesse ? Tous les trois ans, à l'occasion de l'EuroBirdWatch, Natagora invite le grand public à participer aux Journées Européennes de la Migration le premier week-end d'octobre. En Wallonie et à Bruxelles, les volontaires de l'association vous expliquent l'incroyable phénomène de la migration à travers balades et activités ludiques.
C’est en ce doux dimanche 12 octobre que Frédéric Degrave et son collègue Antoine Derouaux, aux côtés de la régionale Condroz mosan, ont présenté aux participants la beauté de la migration automnale des oiseaux.
Le rendez-vous était fixé à 8h au bord d’un champ surplombant une boucle de l’Ourthe, dans le village de Strivay à Neupré. Les participants se sont installés avec leurs jumelles et longues-vues, prêts à observer, identifier et compter les stars du jour. Quelques guides sous format papier* étaient également mis à disposition.
La situation était idéale pour avoir une vue dégagée sur les migrateurs passant au-dessus de nos tête…ou passant bien camouflés dans les buissons.
Hé oui, saviez-vous qu’il existe deux modes de déplacement migratoire fréquemment observés chez nous en Wallonie ? Le plus connu est l’utilisation des ascendances thermiques : les oiseaux gagnent de l’altitude grâce à l’air chaud montant.
Le second mode est dit « rampant ». Cela qualifie les espèces passant plus inaperçues. En effet, une grande majorité des oiseaux migrateurs se déplacent la nuit. Certaines espèces volent même à une altitude pouvant atteindre 500, 1.000 voire 2.000 mètres ! Les espèces qui pratiquent cette migration rampante ont différents comportements : migration de nuit et halte en journée ; migration de nuit et faibles déplacements de sites en site en journée ; migration continue au sol, dans les haies, de buissons en buissons ; …
Comment sait-on que l’individu observé est en train de migrer et qu’il ne se trouve pas juste par hasard à cet endroit ?
Étant donné que les oiseaux descendent vers les pays chauds du sud, ils suivent un axe migratoire bien déterminé : du nord-est vers le sud-ouest. Dans les haies et buissons, les mouvements et déplacements se font clairement dans ce sens. En ce qui concerne le comptage, on ne prend en compte uniquement les oiseaux suivant cet axe.
L’importance de compter les oiseaux migrateurs
Chaque automne, de nombreux ornithologues de tous pays comptent les oiseaux migrateurs. Les comptages sont standardisés afin de comparer des chiffres comparables entre eux. Par exemple, on précise l’effort d’échantillonnage (le temps passé à compter), et des sites précis servent de postes d’observation d’années en années.
Premièrement, les comptages servent à évaluer l’évolution des populations, et donc à évaluer leur état. Deuxièmement, cela permet d’identifier les sites importants pour l’avifaune. Ces chiffres permettent donc de protéger certaines zones sensibles. Par exemple, les résultats des comptages permettent d’appuyer les analyses des études d’impact de projets immobiliers ou éoliens. La protection des haltes migratoires est indispensable à la survie de ces espèces.
Le comptage est si important que des méthodes alternatives sont utilisées pour les migrateurs nocturnes et/ou de haute altitude : des radars météorologiques les détectent ! Pour les migrateurs dits « rampants », des sonogrammes sont utilisés pour détecter et identifier les espèces en déplacement.
Ce dimanche ne faisait pas exception, le spectacle n’était pas seulement visuel, mais également sonore. Nous avons découvert les chants migratoires, qui sont spécifiques à cette période. Nous avons pu repérer certaines espèces fort discrètes grâce à ces chants.
Résultats du comptage de ce dimanche 12 octobre
Le passage n'était malheureusement vraiment pas soutenu ce jour-là vu les conditions météo douces et stables depuis quelques jours, mais voici tout de même les résultats de nos observations à Strivay, entre 8h20 et 12h20. Ne sont comptés que les oiseaux en migration vers le Nord-Ouest.
Pigeon ramier : 335
Pigeon colombin : 13
Héron cendré : 4
Grand cormoran : 30
Milan royal : 1
Epervier d'Europe : 4
Bergeronnette gris e: 39
Pipit farlouse : 19
Hirondelle rustique : 3
Etourneau sansonnet : 11
Grive musicienne : 36
Grive mauvis : 3
Grive draine : 6
Grive indéterminée : 34
Mésange bleue : 21
Pinson des arbres : 165
Pinson du Nord : 14
Linotte mélodieuse : 3
Gros bec casse-noyaux : 2
Tarin des aulnes : 7
Chardonneret élégant : 1
Bec-croisé des sapins : 3
Corbeau freux : 4
Soit 23 espèces et 758 oiseaux comptés. À cette date, on aurait pu attendre des nombres plus de 10 fois supérieurs pour bon nombre d'espèces, mais cela nous a permis de nombreux échanges (et de ne pas souffrir du froid).
Parmi les oiseaux locaux (ou en halte), nous avons également observé :
Bernache du Canada
Ouette d'Égypte
Bouvreuil pivoine
Chardonneret
Grand Corbeau
Geai des chênes
Sittelle torchepot
Accenteur mouchet
Merle noir
Mésange charbonnière
Rougegorge familier
Autour des palombes (un jeune)
Faucon crécerelle (un mâle)
Rougequeues noirs
Choucas des tours
Corneilles noires
Pic épeiche
Pic vert
Pic noir (entendu au loin)
Continuez à lever les yeux au ciel durant les prochains jours, les changements météo feront certainement démarrer les oiseaux, notamment de grands groupes de pigeons ramiers et les alouettes, grandes absentes du jour.
Pour encoder vos observations, rendez-vous sur observations.be ou sur trektellen.org.
Merci à Mélanie Jaspart, conseillère en environnement à la commune de Neupré, pour les viennoiseries et le café offerts.
Merci beaucoup à Frédéric Degrave et à Antoine Derouaux pour toutes leurs explications et la transmission de leur passion.
Texte : Nora Stasse, sur base des informations de Frédéric Degrave et Antoine Derouaux.
Présents pour la régionale : Anne D., Isabelle M., Marie H. et Nora S.
* Les guides utiles pendant la migration :
« Identifier les oiseaux migrateurs par le son » par Stanislas Wroza.
Volume spécial de la revue Aves « Guide d’identification des oiseaux en migration postnuptiale diurne en Wallonie ». Cliquez ici pour le lire en pdf. Le guide sous format papier est épuisé.
« Ce dimanche matin, je me suis rendue à un poste d’observation surplombant la boucle de l’Ourthe à Strivay, en compagnie d’ornithologues locaux.
Nous y avons passé un moment d’observation exceptionnel, en pleine période de migration automnale. Certains oiseaux quittent actuellement leurs sites de reproduction pour se diriger vers le sud, y passer la période hivernale et revenir chez nous au printemps.
Nous avons pu observer de nombreuses espèces, qu’il s’agisse d’oiseaux migrateurs ou d’espèces locales. Parmi elles : la bergeronnette, le chardonneret, la sittelle, le geai des chênes, la pipit farlouse, le cormoran ainsi que plusieurs rapaces comme le faucon crécerelle, l’épervier d'Europe, le milan royal. Nous avons également aperçu des hérons cendrés et quelques bernaches en vol.
Au-delà de la vue, nous avons aussi fait appel à notre sens de l’ouïe. En tendant l’oreille, nous avons pu reconnaître le chant de la linotte mélodieuse, du pinson des arbres et celui du choucas, parmi d’autres sons caractéristiques de la vallée.
Grâce aux jumelles et à la longue-vue, j’ai pu admirer de près ces oiseaux, leurs caractéristiques, leurs comportements et leurs déplacements.
Ce fut une véritable découverte pour moi : je me suis rendu compte à quel point la diversité des oiseaux est grande et à quel point nous sommes entourés d’une nature vivante et riche. Une expérience à la fois apaisante et fascinante.
Merci Frédéric Degrave et son collègue Antoine Derouaux de nous avoir guidés à travers cette expérience et fourni une multitude d'informations aussi enrichissantes que passionnantes. »
- Sabrina Jacquinet | Publication Facebook
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